Refugee Stories, Young Peace Journalists

Refugee Stories: Exil et désillusion: le chemin de Khalil

The following article was written by Amadeo Bosser and published at MAGMA, which is a non-profit youth organisation supported and initiated in 2012 by the Pax Christi section BePax in Belgium. MAGMA is a team of journalists and volunteers. In their web magazine the articles reflect the rich diversity of youth in Belgium. The article is re-published below in French.

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Khalil est un jeune Syrien de 27 ans qui a traversé le Proche-Orient et l’Europe pour fuir la guerre qui ravage son pays et venir vivre le « rêve Européen » en Belgique. Cependant, après des mois de voyage dans des conditions difficiles, sa situation en Belgique reste très incertaine. Khalil, rencontré à Bruxelles où il attend depuis une dizaine de mois le dénouement de sa demande d’asile, nous dépeint avec un sourire amer un tableau sombre et désillusionné de sa recherche d’une vie normale.

L’exil et la traversée de l’Europe

Il y a encore quelques années, au commencement de la vague de révoltes soulevée par le printemps arabe, Khalil était officier dans l’armée Syrienne de Bachar el-Assad. Quand la révolution éclate en Syrie cependant, l’armée bombarde le quartier de Khalil, tuant son frère et détruisant sa maison. A la suite de cet évènement, Khalil décide de changer de camp et de rejoindre le parti des rebelles. S’en suivent quatre années de lutte armée et d’horreur où Khalil assiste à la destruction progressive de son pays et au massacre de sa population. Gravement blessé lors de combats, il est évacué vers la Turquie où on lui enlève pas moins de six balles du corps. C’en est trop pour Khalil qui décide avec son père de quitter le pays pour vivre une nouvelle vie en Belgique, pays dont on lui vante l’humanisme et le respect des droits humains.

Khalil, encore affaibli et handicapé par ses blessures et accompagné de son père, quitte donc la Turquie et s’embarque pour la Grèce, où il est rapidement arrêté et incarcéré parce qu’il est déclaré migrant illégal. Il passera cinq mois en prison avant d’être finalement libéré et de continuer sa route à travers la Macédoine puis la Serbie. Dans ce dernier pays il se réfugie un mois durant dans une forêt afin d’échapper à la police, puis, face à l’impossibilité de franchir la frontière, il retourne en Grèce où il prend un bateau pour l’Italie. L’accueil des autorités italiennes est pour le moins agressif et Khalil explique avoir été tabassé par des policiers lorsque, épuisé et menacé d’être empêché de continuer sa route vers le nord, il aurait refusé de donner ses empreintes digitales…

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Refugee Stories: Du Congo aux tatamis, l’épopée de Christophe Mputu

The following article was written by Chris Mashini and published at MAGMA, which is a non-profit youth organisation supported and initiated in 2012 by the Pax Christi section BePax in Wallonie-Bruxelles. MAGMA is a team of journalists and volunteers. In their web magazine the articles reflect the rich diversity of youth in Belgium. The article is re-published below in French.

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Si selon certains, nous traversons une crise migratoire, n’oublions pas que les réfugiés ne sont pas juste des statistiques. Le parcours de Christophe Mputu nous a touchés. Parti du Congo à 16 ans, après de nombreuses difficultés, il a trouvé sa place en Belgique grâce à sa passion pour les arts martiaux. Maître en ju-jitsu, plusieurs fois champion de Belgique, il nous raconte une véritable success story.

Des débuts difficiles : un ordre de quitter le territoire

Christophe Mputu atterrit pour la première fois en Belgique en 2002. Directement, il entreprend les démarches pour introduire une demande d’asile. Il suit donc la procédure administrative classique : présentation à l’Office des Etrangers, inscription, puis par la suite, convocation et audition.

“Je suis venu en Belgique tout seul, sans mes parents, alors que  je ne connaissais personne.”

Comme il ne dispose d’aucune attache, il est placé en centre pour réfugiés. Après trois mois d’attente, il obtient finalement un titre de séjour provisoire (carte orange) qui lui donne accès aux soins de santé ainsi qu’à un revenu d’intégration sociale (CPAS). Mais la situation se complique quand il reçoit l’ordre de quitter le territoire. Son avocat le laisse tomber, en lui expliquant qu’il ne dispose pas d’éléments suffisants pour introduire un recours. Avec le peu de revenus qu’il a, il économise pour pouvoir se payer les services d’un autre avocat. Malheureusement, ce dernier lui donne la même réponse.

“On m’a expliqué que faute d’éléments suffisants pour pouvoir rester en Belgique, la seule solution qui me restait était de trouver une femme de nationalité belge et de lui faire un enfant.”

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Refugee Stories: Ouday – « Je suis déçu de la situation en Belgique. Je ne veux surtout pas rester ici »

The following article was written by Nastassja Rankovic and published at MAGMA, which is a non-profit youth organisation supported and initiated in 2012 by the Pax Christi section Wallonie-Bruxelles. MAGMA is a team of journalists and volunteers. In their web magazine the articles reflect the rich diversity of youth in Belgium. The article is re-published below in French.

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Ouday, 27 ans, est arrivé en Belgique pour présenter sa demande d’asile après un long chemin d’exil depuis l’Irak. Ce jeune migrant revient sur son éprouvant voyage et nous livre ses premières impressions, quelques jours après son arrivée. Très vite, certaines de ses illusions se sont envolées.

Début septembre, il décide de quitter Nassiriya, sa ville natale, dans le sud du pays, pour fuir le danger et goûter à la liberté. Une valise à la main, quelques euros en poche, Ouday se lance seul sur la route, laissant ses proches derrière lui. Au moment de prendre place dans la barque en bois lui permettant de rejoindre la Grèce depuis la Turquie, il est contraint d’abandonner ses affaires, pour ne pas surcharger l’embarcation.

“Nous avons bouché les trous des barques avec de la terre et du ciment, mais au milieu de la mer, cela se désintègre facilement. Une des barques n’a pas résisté. J’ai assisté à la noyade d’une famille et je n’ai absolument rien pu faire”, raconte-t-il, visiblement toujours ému.

Après cette traversée qui lui laisse un souvenir douloureux, Ouday poursuit sa route, “épuisé et la peur constante au ventre”. Il alterne déplacements en avion, en train et à pied et, après avoir traversé 9 pays en 25 jours, son voyage prend fin dans la capitale belge. Mais ses espoirs aussi. “Je suis déçu de la situation en Belgique. Je ne veux surtout pas rester ici”, nous confie-t-il.

Cinq jours après son arrivée, le jeune homme envisage déjà de retourner en Irak. Au moment de notre rencontre, il n’a pas encore pu se rendre à l’Office des étrangers pour s’enregistrer comme demandeur d’asile et l’attente lui paraît longue. En outre, il n’a pas le droit de travailler et se voit donc privé de moyens financiers…

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Refugee Stories: Adrienne: arriver en Belgique sans parent ni papier et réussir à construire son “bon avenir”

The following article was written by Anaïs Perrillat Collomb and published at MAGMA, which is a non-profit youth organisation supported and initiated in 2012 by the Pax Christi section Wallonie-Bruxelles. MAGMA is a team of journalists and volunteers. In their web magazine the articles reflect the rich diversity of youth in Belgium. The article is re-published below in French.

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Adrienne est une ex-MENA, une ancienne « Mineure Etrangère Non Accompagnée ». Derrière cet acronyme se cache le parcours d’une battante, arrivée seule et sans papiers en Belgique, à l’âge de 17 ans. Dix ans se sont écoulés depuis, et Adrienne, aujourd’hui jeune mère, infirmière à temps partiel et étudiante à la fois, a accepté de revenir sur son difficile parcours d’intégration en Belgique.

Du Rwanda à la Belgique : vivre sa première intégration…

C’est sous les toits de l’asbl Mentor Escale qu’Adrienne[1] me propose une rencontre. Dans cet endroit qui lui est familier, auprès de ceux qui lui ont donné un coup de pouce essentiel dans son parcours vers l’autonomie, elle se dévoile progressivement. Du pays des mille collines où elle a passé son enfance auprès de ses grands-parents, Adrienne reste silencieuse. Contrainte de fuir le Rwanda suite aux conséquences du génocide, de la « guerre », comme elle l’évoque pudiquement, son regard se tourne désormais vers l’avenir. Après plusieurs années en famille d’accueil sur place, c’est en 2005 qu’elle arrive seule en Belgique, alors âgée de 17 ans. Après un passage par un centré fermé à l’aéroport, elle rejoint le centre d’accueil Fedasil du Petit-Château, à Bruxelles, où elle va vivre sa « première intégration ».

Commence alors le long combat pour obtenir le droit de rester et de construire sa vie dans ce nouveau pays qu’elle a choisi. La procédure s’avère longue et complexe.

« Tu dois passer des interviews et des interviews pour qu’on te donne la réponse, et à la fin, j’ai même reçu une réponse négative parce que je n’ai pas pu avoir l’asile. Comme ma procédure était en néerlandais, je ne comprenais pas et je devais chercher un avocat bilingue pour pouvoir m’aider à lire tout ce qu’on m’envoyait, à faire mes démarches en néerlandais (…) pour poursuivre la procédure. Sinon, j’allais devoir retourner chez moi ».

La « fin » ne semble être en réalité que le commencement de cette série d’épreuves, de la nécessité de se raconter, malgré les traumatismes vécus. Le recours déposé est rejeté également. Dès lors, Adrienne bénéficie d’une « carte orange » qu’elle doit renouveler tous les 3 mois. La machine institutionnelle est lancée, et pendant ce temps-là, c’est l’incertitude…

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Refugee Stories: Hamed, seul en scène

The following article was written by Clara Van Reeth and published at MAGMA, which is a non-profit youth organisation supported and initiated in 2012 by the Pax Christi section Wallonie-Bruxelles. MAGMA is a team of journalists and volunteers. In their web magazine the articles reflect the rich diversity of youth in Belgium. The article is re-published below in French.

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Hamed a quarante ans. Sa corpulence rebondie semble décalquée sur les traits de sa bonhomie : ses éclats de rire et ses blagues tranchent souvent les courtes phrases dont il se sert pour nous décrire sa vie.

Comme toutes les personnes ayant vécu l’exil, arrachées comme des troncs à la terre, la vie d’Hamed est difficile, les faits sont rudes. Le récit de son existence est d’autant plus affligeant si l’on essaie d’y projeter des émotions, d’imaginer ses sentiments indicibles, ses peurs et sa solitude. Mais si l’empathie prend le dessus, elle risque alors de nous faire oublier la force de la résilience qui jaillit des passages les plus douloureux de son histoire. Pour nous le rappeler, il y a le sourire. A chacune de ses phrases défaitistes, comme écrasées par un manque de perspectives, Hamed parvient d’un soulèvement de lèvres à poser des sourires sur sa situation et à en alléger la pesanteur.

Le travail, ce serait la santé

Hamed nous a prévenu au début de notre rencontre : « Je ne parle pas très bien le français ». Il parvient cependant à comprendre et à répondre à presque toutes nos questions, faisant appel, si besoin, à un ami syrien du Centre Culturel Arabe pour traduire l’une ou l’autre idée. Bien que sa difficile maîtrise du français n’ait posé aucun problème pour notre entretien, il apparaît que c’est cette difficulté qui constitue le nœud des entraves à ses projets en Belgique.

En effet, Hamed est inscrit au CPAS et il souhaite travailler. Pour des raisons financières (800€ ne sont pas suffisants pour vivre après avoir payé tous les frais nécessaires à son logement d’environ 600€), mais surtout parce qu’il a toujours travaillé. Sans travail il se sent inutile, comme amputé de toutes les choses qu’il pourrait faire. Hamed nous le répète : il veut travailler, mais il doit d’abord apprendre le français. C’est ce qu’on lui a dit au CPAS. Le Centre Culturel Arabe a plusieurs fois demandé à pouvoir l’engager sous contrat « Article 60 », mais cela leur a été refusé pour ce motif de la langue. Hamed doit donc d’abord apprendre le français sur les bancs de l’école, « 5 jours par semaine ; de 8h du matin à 15h. ». Après, il pourra chercher un emploi.

Pour lui, c’est aberrant, « c’est pas la vie !» Il cite l’exemple de la Suède qui a fait de l’insertion professionnelle des réfugiés une priorité, considérant celle-ci comme le vecteur majeur de leur intégration sociale. Le système prévoit ainsi l’apprentissage de la langue par la pratique et de manière concomitante à leur développement professionnel.

Du théâtre irakien au théâtre des Martyrs à Bruxelles, le parcours du combattant

En Irak et en Syrie, Hamed travaillait dans le monde du cinéma et du théâtre. Acteur, comédien et décorateur, il prenait part à des pièces syriennes et irakiennes mais aussi occasionnellement à des pièces anglophones lors de festivals internationaux. La nostalgie empreint les descriptions qu’Hamed fait de sa vie en Syrie. Là-bas, il travaillait beaucoup, il avait beaucoup d’amis. S’il n’y avait pas eu la guerre, la question du départ ne se serait jamais posée.

Son arrivée en Belgique fut l’aboutissement d’un parcours du combattant : 24 jours de voyage, en bateau, à pied et en voiture. Hamed est arrivé à Bruxelles durant la nuit et a attendu le lendemain matin pour se rendre à l’Office des Etrangers. Il a ensuite passé plusieurs mois dans des centres dans l’attente de ses papiers : trois mois à Hasselt puis six mois à Herbeumont, près du Luxembourg. Une fois le droit de séjour octroyé, Hamed a vécu à Liège pendant trois mois avant de s’installer finalement à Bruxelles, le 1er janvier 2013.

En essayant de prolonger sa carrière artistique ici en Belgique, Hamed a pris conscience du manque de moyens financiers accordés au milieu et, très vite, s’est résolu à revoir ses exigences à la baisse, qu’elles soient professionnelles ou financières. En 2013, il a joué dans une pièce de théâtre, « mais gratuit, pas d’argent ». Aujourd’hui, il souhaite chercher du travail dans la décoration, dans la soudure, « n’importe quoi ».

A défaut d’un lien professionnel, Hamed cultive son attachement au théâtre par les sorties, grâce aux tickets Article 27 (lorsqu’ils sont disponibles au CPAS) qui lui permettent de fréquenter assidument les théâtres bruxellois : Espace Magh, Théâtre National, KVS, Théâtre des Martyrs.

Célibataire, Hamed aimerait rencontrer une femme. Mais, il le dit lui-même en riant, le CPAS n’est selon lui pas vraiment un atout de séduction :

« Les femmes n’acceptent pas : je suis au CPAS, donc je suis célibataire ! ».

Pour revenir à l’essentiel, Hamed relativise…

Lorsque les rires d’une de ses blagues finissent par retomber autour de la table, Hamed frappe le silence dans ses mains. Paume contre paume, elles se posent sur ses cuisses croisées. Puis, comme pour rappeler à tout le monde l’essentiel du propos, il dit :

« Ça va, ça va. Ici, il n’y a pas les guerres, il n’y a pas de problème. Ça va. »

Portrait réalisé par Clara Van Reeth: Attachée à la richesse des paradoxes, j’aime tant écrire chez moi que voyager à la découverte du monde, je pratique le yoga, j’aime la fête et ses légèretés, je lis et je marche, j’écoute beaucoup, je parle un peu.